Outre-mer

La France n'est pas un hexagone.

Elle est une mer, des îles, une forêt et un ciel. L'Empire ne gère pas les DOM-TOM comme des notes de bas de page : il y tient l'eau, la frontière, le port et le pavillon.

Le régalien lointain n'est pas une subvention. C'est l'eau tous les jours, une mer qui est une frontière, un hôpital qui opère, un navire qui arrive à temps. Le reste — la rente, le discours, le plan de communication — n'est pas le métier de l'Empire.

Océan Indien

Mayotte

Mayotte n'a pas besoin d'un énième plan de communication. Elle a besoin d'eau tous les jours, d'une frontière qui existe vraiment, et d'un cadastre qui permette enfin de bâtir.

On multiplie les unités de dessalement plutôt que d'attendre une usine unique bloquée au tribunal. On colmate les fuites qui avalent près d'un tiers de l'eau produite. On ajoute des retenues et des réservoirs, et l'on couple chaque station à sa propre énergie.

La mer autour de l'île redevient une frontière. La surveillance est permanente, les personnes sont sauvées, et l'impunité cesse pour ceux qui transforment le 101ᵉ département en porte dérobée. On construit des prisons et un hôpital sur place. On titrise le foncier, pour que le toit, le tuyau et le crédit cessent d'être des fictions. La reconstruction après Chido sert d'abord l'infrastructure, avant les discours.

Océan Indien

La Réunion

La Réunion doit cesser d'être une île qui attend le bateau. Elle redevient le verrou français de l'océan Indien. On y dimensionne un vrai hub naval et aérien, capable d'entretenir les bâtiments sur place, de surveiller la route du sud et d'accueillir le fret régional sans tout faire transiter par l'Europe.

L'électricité sort du fioul par un mix assumé : l'hydraulique, le solaire, la biomasse, le stockage, et un petit nucléaire si le compte est bon. L'île doit tenir seule lorsque la mer se ferme. On rouvre les petites lignes au fret. On développe l'aquaculture et l'agriculture qui nourrissent d'abord les Réunionnais. On arrête de payer deux fois une alimentation importée, alors que la terre et le lagon sont là.

Amazonie

La Guyane

La Guyane n'est pas une lisière oubliée. C'est la France en Amazonie, le portail spatial de l'Europe, et une frontière de trois cents kilomètres que l'on a trop longtemps fait semblant de garder.

On donne enfin à Dégrad-des-Cannes la taille d'un port stratégique. On légalise et l'on trace l'or, pour que le clandestin cesse d'être plus rentable que le légal. L'orpaillage illégal est traité comme du crime organisé. Kourou ne doit plus brûler du fioul pour envoyer des fusées : l'énergie du Centre spatial devient le premier chantier industriel du territoire.

Les routes, le fleuve, les capteurs et l'aviation légère rendent la forêt lisible. La base spatiale n'est plus une enclave parisienne posée sur la mangrove. Elle attire des ateliers, de la formation et de la sous-traitance guyanaise.

Antilles

La Guadeloupe et la Martinique

Aux Antilles, la « vie chère » n'est pas une malédiction géographique. C'est une rente d'importation, un octroi de mer mal calibré, et des ports trop faibles pour la guerre que se livrent déjà les narcotrafiquants.

On brise les monopoles. On réforme l'octroi de mer afin de taxer le superflu importé, et non le producteur local. L'armée, les hôpitaux et les cantines achètent d'abord ce qui pousse et ce qui se pêche ici. La géothermie de Bouillante n'est plus une exception : on en fait un savoir-faire exportable dans l'arc antillais.

Les ports de Fort-de-France et de Pointe-à-Pitre deviennent duals : le commerce le jour, l'appui naval la nuit. Les sargasses cessent d'être une plaie dont on se plaint. On les traite, on les valorise, ou l'on arrête de faire semblant.

Antilles

Saint-Martin et Saint-Barthélemy

Ces deux îles vivent sous le cyclone et sous la frontière. On les relie par l'électricité afin d'éteindre les diesels de secours. On tient un port-abri capable d'accueillir et de réparer. On reconstruit selon une norme cyclone unique, rapide à instruire et impossible à bricoler.

À Saint-Martin, la partie française cesse d'être la soupape de la partie néerlandaise. Les contrôles portent sur les personnes, les identités et les marchandises. Saint-Barthélemy n'a pas besoin qu'on lui apprenne le luxe. Elle a besoin que l'État fasse son seul métier : protéger l'île lorsque le ciel et la mer se déchaînent.

Pacifique

La Nouvelle-Calédonie

Nouméa est le premier port ultramarin de France et la sentinelle du Pacifique. On ne le gère pas comme une sous-préfecture après une émeute. L'ordre public n'est plus négociable à chaque crise : les forces sont prépositionnées, la justice est rapide, l'impunité cesse.

Le nickel se transforme sur place s'il tient sans subvention éternelle. Sinon, on arrête de payer une rente qui n'enrichit ni le Caillou ni la métropole. La ZEE et les fonds marins restent français, quel que soit le statut interne que les Calédoniens se choisiront. L'eau, le fond et le ciel ne se bradent pas.

L'île sort du charbon et du fioul par le solaire, l'éolien et l'hydroélectricité. Si le réseau l'exige, une puissance pilotable et souveraine prend le relais.

Pacifique

La Polynésie française

La Polynésie est un pays-archipel. Ce qui la tient n'est pas un discours sur l'autonomie : c'est l'eau douce sur l'atoll, le câble qui ne casse pas, et un navire capable d'arriver à temps.

On installe le dessalement là où le lagon ne suffit plus, et on le nourrit au soleil. On redonde les câbles sous-marins. Papeete redevient une base navale qui entretient, patrouille et rayonne dans le Pacifique. La pêche de la ZEE nourrit d'abord les archipels.

Le fioul cesse d'être une fatalité polynésienne. Chaque île habitée a son mix, son stock, et la capacité de tenir trois semaines seule.

Souveraineté

Wallis-et-Futuna, Saint-Pierre-et-Miquelon, les TAAF

Les petits territoires ne sont pas des notes de bas de page. À Wallis-et-Futuna, la continuité de la vie tient à la piste, au groupe électrogène, à l'eau et au médecin. On les garantit avant d'inventer un schéma directeur.

Saint-Pierre-et-Miquelon, face aux vents et à la mer froide, bascule vers l'éolien et le stockage, afin de cesser d'importer jusqu'à la dernière goutte.

Les Terres australes et antarctiques ne sont pas une carte postale pour chercheurs. Elles sont un titre de souveraineté, une ZEE à faire respecter, et une science française en mer du Sud. On y tient la pêche, la station et le pavillon — ou l'on avoue que l'on n'a plus de mer.

L'eau, le fond et le ciel ne se bradent pas. Qui tient Mayotte, Kourou, Nouméa et les Terres australes tient encore une France. Qui les abandonne n'a plus qu'un hexagone, et bientôt plus de mer.